La recherche de mots-clés est l'étape que la plupart des PME sautent. On crée un site, on rédige une page « Nos services » et une page « Qui sommes-nous », puis l'on s'étonne six mois plus tard que Google n'envoie personne. Pourtant, avant d'écrire une seule ligne, il existe une question simple à se poser : que tapent réellement mes clients dans la barre de recherche ? Pas ce que je crois qu'ils tapent, pas le vocabulaire de mon métier — les mots exacts qu'ils utilisent, avec leurs approximations, leurs villes et leurs urgences.
Bonne nouvelle : pour une PME, une TPE ou un artisan, il n'est pas nécessaire de payer un abonnement à un outil SEO à plusieurs dizaines d'euros par mois pour obtenir cette réponse. Google lui-même met à disposition l'essentiel : ses suggestions, ses « Autres questions posées », la Search Console, la fiche Google Business, le Keyword Planner et Google Trends. En tant que responsable digital de L'AR Communication, c'est la méthode que j'applique pour chaque site que nous référençons en Lorraine. Ce guide la détaille étape par étape, avec le cas concret d'un artisan pour rendre les choses tangibles.
⚡ À retenir
- Commencez par l'intention (informationnelle, locale, transactionnelle) : un mot-clé sans intention claire ne vaut rien.
- Six sources gratuites suffisent : suggestions Google, « Autres questions posées », Search Console, fiche Google Business, Keyword Planner, Google Trends.
- La longue traîne locale (« service + ville ») est le terrain naturel d'une PME : moins de volume, beaucoup plus de clients.
- Une page = un groupe de mots-clés. Deux pages sur la même requête se cannibalisent.
- Priorisez avec une note simple, volume × intention × difficulté, dans un tableau à six colonnes.
Comprendre l'intention de recherche avant de chercher des mots
Un mot-clé n'est pas une suite de mots, c'est une intention. Quand quelqu'un tape « pompe à chaleur avis », il s'informe. Quand il tape « installateur pompe à chaleur Pont-à-Mousson », il cherche un prestataire près de chez lui. Quand il tape « devis pompe à chaleur », il est prêt à demander un chiffrage. Trois requêtes voisines, trois moments différents du parcours d'achat — et trois pages différentes à prévoir sur votre site.
On distingue classiquement trois grandes familles. L'intention informationnelle (« comment », « pourquoi », « combien coûte ») alimente les articles de blog et les guides. L'intention locale (« près de moi », nom de ville, « ouvert dimanche ») nourrit vos pages de services et votre fiche Google Business. L'intention transactionnelle (« devis », « prix », « acheter », « réserver ») correspond à vos pages de conversion. Avant même d'ouvrir un outil, notez pour chaque idée de mot-clé la famille à laquelle elle appartient : c'est ce qui décidera de la page qui la portera.
Ce tri évite l'erreur la plus fréquente : viser une requête informationnelle à gros volume avec une page de service. Le visiteur n'y trouve pas sa réponse, repart aussitôt, et Google en tire les conclusions.
Les suggestions Google et « Autres questions posées »
La première source gratuite est aussi la plus sous-estimée : la barre de recherche Google. Tapez le nom de votre métier et laissez la saisie semi-automatique travailler. Chaque suggestion est une requête réellement tapée par des internautes, souvent classée par popularité. Ajoutez une lettre (« plombier a », « plombier b »…), puis des mots de liaison (« plombier pour », « plombier sans », « plombier ou ») pour élargir le champ. En vingt minutes, vous récoltez plusieurs dizaines d'expressions.
Deuxième réflexe : lancez la recherche et regardez le bloc « Autres questions posées » qui apparaît au milieu des résultats. Chaque question dépliée en fait apparaître d'autres. Ces questions sont une mine d'or pour vos futurs articles et vos FAQ : elles vous donnent le vocabulaire exact des clients et les objections qu'ils se posent avant d'appeler. Notez-les telles quelles, avec leur formulation parfois maladroite. En bas de page, le bloc « Recherches associées » complète le tableau.
Faites l'exercice en navigation privée pour limiter la personnalisation, et au moins une fois depuis un téléphone : les suggestions mobiles, plus locales et plus orales, reflètent une part croissante de vos clients.
Search Console et fiche Google Business : les mots-clés que vous avez déjà
Si votre site existe depuis quelques mois, vous possédez déjà une base de données de mots-clés sans le savoir : la Google Search Console. Son rapport « Performances » liste toutes les requêtes sur lesquelles votre site est apparu, avec les impressions, les clics et la position moyenne. Triez par impressions décroissantes et filtrez les positions comprises entre 8 et 20 : ce sont les requêtes sur lesquelles Google vous teste déjà, et pour lesquelles un effort modéré peut vous faire passer en première page. Notre guide de la Search Console pour les PME détaille cette lecture.
La fiche Google Business fournit un second gisement, souvent ignoré. Dans ses statistiques, la section consacrée aux recherches indique les termes qui ont fait apparaître votre établissement sur Maps et dans le pack local. On y découvre régulièrement des formulations inattendues — un nom de quartier, un produit précis, une marque que vous distribuez — qui méritent une page ou un paragraphe dédié.
Ces deux sources ont un avantage décisif sur tous les outils payants : elles décrivent votre réalité, pas une moyenne nationale. Une PME lorraine qui ne regarde que des volumes calculés à l'échelle de la France se trompe de terrain.
Keyword Planner et Google Trends : les volumes sans abonnement
Pour estimer la demande, le Keyword Planner de Google Ads reste l'outil de référence, et il est accessible avec un simple compte Google Ads, sans dépenser un euro en campagne. Sans campagne active, il affiche les volumes par tranches (« 100 à 1 000 ») plutôt qu'en chiffres précis, ce qui est largement suffisant pour comparer des expressions entre elles. L'outil propose surtout des idées de mots-clés voisins et permet de filtrer par zone géographique : demandez la Meurthe-et-Moselle ou la Moselle plutôt que la France entière.
Google Trends complète le dispositif pour la saisonnalité. Une requête comme « ramonage » ou « climatisation » n'a pas la même demande en janvier et en juillet ; Trends vous dit quand publier, quand lancer une campagne et quand ne pas s'inquiéter d'une baisse de trafic. La comparaison de deux termes (« vitrophanie » contre « adhésif vitrine », par exemple) tranche aussi les hésitations de vocabulaire : on écrit avec les mots que les clients emploient, pas avec ceux du catalogue fournisseur.
La longue traîne locale : « service + ville », votre terrain de jeu
Une PME ne se positionnera pas sur « plombier » — trop générique, dominé par les annuaires et les plateformes nationales. Elle se positionnera sur « plombier Pont-à-Mousson », « dépannage chauffe-eau Nancy », « installation adoucisseur Metz ». C'est la longue traîne locale : des requêtes à faible volume unitaire, mais très nombreuses, très précises et portées par une intention forte. Additionnées, elles pèsent souvent plus lourd que le mot-clé générique, et elles convertissent bien mieux.
La construction est mécanique : listez vos services d'un côté, vos villes d'intervention de l'autre, et croisez. Un couvreur qui propose six prestations sur cinq villes obtient trente expressions candidates. Ne créez pas trente pages vides pour autant : gardez les couples qui correspondent à une demande réelle (vérifiée dans la Search Console ou le Keyword Planner) et à un vrai savoir-faire. Les autres pourront vivre dans un paragraphe d'une page plus large.
Ajoutez enfin les variantes d'urgence (« urgent », « dimanche », « 24h/24 ») et de prix (« tarif », « devis », « pas cher ») quand elles correspondent à votre positionnement : un artisan haut de gamme n'a aucun intérêt à se placer sur « pas cher ».
Regrouper par page et éviter la cannibalisation
Une fois la liste constituée — comptez entre 50 et 200 expressions pour une PME —, le travail consiste à regrouper. Google ne classe pas des mots-clés, il classe des pages ; et une page peut répondre à toute une grappe de requêtes proches. « Vitrophanie Nancy », « adhésif vitrine Nancy » et « décoration vitrine adhésive Nancy » relèvent de la même intention et méritent une seule page bien construite, pas trois pages quasi identiques.
Le piège inverse s'appelle la cannibalisation : deux pages de votre site visent la même requête, Google hésite entre les deux, et aucune ne se positionne correctement. Le symptôme est visible dans la Search Console, quand l'URL qui ressort pour une requête change d'une semaine à l'autre. La solution consiste à fusionner les deux pages, ou à les différencier clairement. Cette logique de regroupement est le fondement du cocon sémantique : une page pilier par grand sujet, des pages satellites pour les requêtes précises, et un maillage interne qui relie le tout.
Pour chaque groupe, désignez un mot-clé principal (celui qui porte l'intention la plus nette et le meilleur volume) et deux à cinq mots-clés secondaires. Le principal ira dans le title, le H1 et le premier paragraphe ; les secondaires nourriront les sous-titres et le corps du texte, naturellement. Notre article sur la rédaction web SEO montre comment écrire ensuite pour Google sans sacrifier la lecture humaine.
Prioriser : volume × intention × difficulté
Tout ne peut pas être traité en même temps. Pour décider par quoi commencer, notez chaque groupe de mots-clés sur trois critères, de 1 à 3, et multipliez les trois notes. Attention, la difficulté se note à l'envers : 3 quand la première page est facile à déloger, 1 quand elle est verrouillée par de gros sites.
| Critère | Note 1 | Note 2 | Note 3 |
|---|---|---|---|
| Volume (Keyword Planner, zone locale) | Moins de 10 recherches par mois | 10 à 100 | Plus de 100 |
| Intention (proximité de l'achat) | Informationnelle large | Locale ou comparative | Transactionnelle (devis, prix, réserver) |
| Difficulté (qui occupe la première page ?) | Grands sites nationaux, annuaires, plateformes | Mélange de concurrents locaux et de gros sites | Concurrents locaux aux pages faibles |
| Score final | Volume × Intention × Difficulté, de 1 à 27. On commence par les scores les plus élevés. | ||
Une requête locale transactionnelle face à une première page faible (score de 12 à 27) passe en tête. Une requête informationnelle à gros volume face à des sites nationaux (score de 2 à 4) attendra. Ce n'est pas une science exacte, mais cela suffit à ordonner un plan de travail sur six mois et à cesser de courir après des requêtes hors de portée.
Le tableau de suivi et le cas concret d'un artisan lorrain
Un simple tableur suffit. Six colonnes : mot-clé principal, intention, volume estimé, page cible, position actuelle (Search Console), score de priorité. Une ligne par groupe de mots-clés, mise à jour une fois par mois. Ce fichier devient le cahier de bord de votre référencement : il dit ce qui est fait, ce qui progresse et ce qui reste à écrire.
Prenons un exemple réaliste : un plombier-chauffagiste de Pont-à-Mousson, deux salariés, un site de six pages qui ne génère aucune demande. Les suggestions Google et les « Autres questions posées » font remonter des dizaines d'expressions ; la Search Console révèle que le site apparaît déjà, en deuxième page, sur « dépannage chaudière Pont-à-Mousson » et « chauffagiste Dieulouard ». Le Keyword Planner confirme une demande modeste mais régulière sur « installation pompe à chaleur » dans le secteur, et Trends montre un pic net en septembre-octobre.
Après regroupement, quatre priorités émergent : une page « dépannage chaudière » (déjà en deuxième page, intention urgente), une page « installation pompe à chaleur » (saisonnière, devis élevés), une page par ville pour Pont-à-Mousson et Dieulouard, et un article de blog répondant aux questions « quelle puissance de chaudière pour 100 m² » et « chaudière gaz ou pompe à chaleur ». Quatre chantiers, un trimestre de travail, et un plan qu'un dirigeant peut suivre sans jargon.
« Le meilleur outil de mots-clés d'une PME, c'est la liste des questions que ses clients lui posent au téléphone. Tout le reste ne fait que la confirmer et la classer. »
Si vous préférez déléguer cette méthode — recherche, regroupement, rédaction et suivi mensuel —, notre accompagnement en référencement local démarre à 199 € par mois et inclut précisément ce tableau de suivi, partagé avec vous.
Questions fréquentes
Faut-il un outil payant pour faire une recherche de mots-clés ?
Non. Pour une PME ou un artisan, les outils gratuits de Google suffisent : suggestions de la barre de recherche, « Autres questions posées », Search Console, statistiques de la fiche Google Business, Keyword Planner et Google Trends. Les outils payants deviennent utiles pour analyser des concurrents à grande échelle ou piloter des dizaines de sites, ce qui n'est pas la situation d'une PME locale.
Combien de mots-clés faut-il viser pour un site de PME ?
Une liste brute de 50 à 200 expressions est courante après collecte. L'essentiel est de les regrouper par intention en 10 à 30 groupes, chacun associé à une page unique de votre site, avec un mot-clé principal et quelques secondaires. Viser des centaines de mots-clés isolés sans regroupement conduit à des pages faibles qui se font concurrence.
Qu'est-ce que la longue traîne et pourquoi est-elle si importante en local ?
La longue traîne désigne les requêtes précises et peu recherchées individuellement, comme « dépannage chaudière Pont-à-Mousson » plutôt que « chauffagiste ». Elles sont nombreuses, moins concurrentielles et portées par une intention forte, souvent locale ou transactionnelle. Additionnées, elles apportent à une PME plus de clients que le mot-clé générique, sur lequel elle n'a de toute façon aucune chance face aux annuaires et aux plateformes nationales.
Comment savoir si mon site cannibalise ses propres pages ?
Dans la Search Console, filtrez une requête précise et regardez quelles pages remontent : si deux URL alternent d'une semaine à l'autre ou se partagent les impressions, elles se cannibalisent. Vérifiez aussi les title et les H1 : deux pages qui visent la même expression sont le signe le plus courant. La solution consiste à fusionner les deux pages ou à les différencier clairement par intention.
À quelle fréquence faut-il refaire la recherche de mots-clés ?
Le tableau de suivi se met à jour chaque mois avec les positions de la Search Console. Une révision de la liste tous les trimestres suffit pour intégrer les nouvelles requêtes apparues et les saisonnalités. Une recherche complète se refait lors d'une refonte du site, du lancement d'un nouveau service ou d'une extension de la zone d'intervention.
Le Keyword Planner de Google Ads est-il vraiment gratuit ?
Oui. Il suffit d'un compte Google Ads, sans campagne active ni dépense. Dans ce cas, les volumes de recherche s'affichent par tranches (par exemple « 100 à 1 000 ») plutôt qu'en chiffres précis, ce qui reste amplement suffisant pour comparer des expressions et filtrer par zone géographique. Les volumes exacts n'apparaissent qu'avec un compte qui diffuse des annonces.

